Commission portugaise des sépultures de guerre

La photo jointe représente des soldats britanniques creusant et déplaçant des corps, de soldats morts aux champs de Bataille et enregistrés lors de la I GM.

Il n’a pas été trouvé de documents semblables pour les soldats portugais. Cela est cependant explicite pour comprendre le travail des soldats affectés aux Sépultures de guerre portugaises en 1919 et la difficulté de la prise en charge de cette Mort de masse.

Pendant la guerre, les soldats portugais sont enterrés dans des cimetières communaux français ou militaires britanniques, proches du Front.

Après-guerre, la mission de la Commission Portugaise des Sépultures de Guerre (CPSG) est de répertorier et déplacer les corps inhumés dans diverses localités du Nord et du Pas-de-Calais (dont le littoral de Calais à Etaples), en France et à l’étranger. Les soldats sont ensuite enterrés au cimetière national portugais de Richebourg dans le Pas-de-Calais.

Silvia Correia, dans son travail proposé au Mémorial virtuel des Archives Historiques Militaires (AHM) portugaises, rappelle les difficultés de la Commission liées aux nombres des cimetières et leur localisation, contribuant à la dispersion des corps (88 cimetières en Allemagne, 23 en Belgique, 2 en Espagne, 141 en France, 1 aux Pays-Bas, 3 cimetières en Angleterre).

Dans ce « Ballet des morts » d’exhumation-inhumation, la CPSG dispose d’Officier de liaison avec les services britanniques de l’Imperial War Graves Commission (IWGC créée au printemps 1917, elle deviendra la CWGC-Commonwealth War Graves Commission).

Après-guerre, les quartiers de la Commission britannique des sépultures de guerre se trouve au Château de la Tour à Longuenesse près de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais (aujourd’hui à Beaurains). Celui de la CPSG se trouve à La Gorgue dans le Nord.

Instructions de l’IWGC concernant l’enregistrement des tombes pendant la guerre.

Un document de février 1918 de la CWGC donne des instructions techniques concernant la prise en charge des sépultures, le choix des sites des cimetières selon une loi française établie en décembre 1915. Des instructions sont données aux aumôniers concernant l’enregistrement et le marquage nécessaire à l’identification des tombes.

« Dans tous les cas les aumôniers doivent faire que les détails, des noms, initiales, n° de régiment et d’unité, date du décès (dans la mesure du possible), correspondent aux entrées figurant dans les livres de décès de l’unité. »

L’enregistrement des tombes est contrôlé par un Officier qui se doit d’aller sur le terrain. Les correctes inscriptions sur les croix sont définies. Les photographies de tombes sont possibles et limitées à celles requises, pas de vue générale des cimetières sans autorisation préalable.

Les exhumations ne sont pas autorisées sauf pour raison sanitaire et avec permission du Grand quartier Général.

Ces quelques instructions concernent également les tombes en Belgique.

Extraits traduits du texte de 1918 concernant les tombes portugaises.

La responsabilité de la Direction de l’IWGC, à l’égard des Officiers et hommes du Corps expéditionnaire portugais mourant en France, est régie par le fait que ce Corps est incorporé aux Armées britanniques en France.

Les ordres et instructions émis pour le marquage et l’enregistrement des tombes britanniques s’appliquent à ceux des tombes portugaises. Le fait a été reconnu par les aumôniers et les personnes concernées ont maintenant reçu les instructions et formulaires nécessaires en traduction portugaise. Les mêmes normes de rapidité et de précision, dans le marquage et le signalement des tombes pour les Portugais et les Britanniques, sont essentielles.

L’attention est attirée concernant les instructions données aux Aumôniers et Officiers portugais effectuant des enterrements, selon lesquelles une copie doit être envoyée au « Q.G. da Base do CEP ».

Les Officiers et les hommes portugais seront enterrés dans les mêmes cimetières et de la même manière que les Britanniques. Mais lorsque les circonstances le permettent, et il y a des raisons de s’attendre à un nombre considérable d’enterrements, des parcelles séparées seront fournies.

Où se trouvaient des tombes portugaises pendant la Guerre?

Cimetières britanniques des Flandres selon la CWGC:

« Cimetière militaire de Laventie » sur la commune de La Gorgue. Il est utilisé par le Corps Expéditionnaire portugais (CEP) de juin 1917 à avril 1918. Après l’armistice, les restes de plus de 170 soldats portugais auraient été exhumés – inhumés à Richebourg.

« Cimetière militaire du Pont du Hem » sur la commune de La Gorgue. Tombes portugaises en 1917 jusqu’avril 1918, le cimetière est utilisé ensuite par les Allemands.

« Cimetière militaire de Vieille-Chapelle » sur la commune de La Couture. Il est photographié en février 1918 par le soldat-photographe du CEP Arnaldo Garcez. Les tombes portugaises ont rejoint le cimetière national en 1925.

« Cimetière militaire du Touret » sur la commune de Richebourg. 264 tombes portugaises auraient été déplacées après l’Armistice.

« Cimetière britannique » d’Haverskerque. Il a servi lors de la Bataille de la Lys, 2 tombes portugaises déplacées.

« Extension au cimetière communal » sur la commune d’Estaires. Des tombes portugaises en 1917.

« Extension du cimetière communal » sur la commune de Merville. Il est utilisé par les hôpitaux portugais jusqu’en avril 1918.

Et bien d’autres cimetières communaux …

Soldats portugais affectés à la CPSG en 1919.

Les premiers ordres de service de Lisboa sont écrits en juillet 1919 : O.S. n°23 du 24 juillet, O.S. du 30 juillet, O.S. n°33 du 3 août. La Commission est créée fin juillet 1919 selon la lecture des bulletins militaires.

La plupart des soldats, nommés ci-dessous, arrivent à La Gorgue, Nord de la France, quelques jours après ces ordres de service, commune où la Commission a ses bureaux.

C’est le mariage du soldat-photographe de guerre Arnaldo Garcez qui donne des indices sur la composition de la CPSG, et des mariages mixtes avec des Françaises, de soldats portugais installés après-guerre près de l’ancien Front portugais en France.

Officiers et Aumônier.

– Le Président de la CPSG. Maximiliano Cordes Cabedo est nommé après-guerre, selon l’ordre de service n°23 du 24 juillet 1919. Il est médecin Officier natif et marié à Lisboa. Les archives militaires précisent qu’il est mort de suicide en février 1921, un peu avant le choix du soldat inconnu portugais des Flandres. C’est le médecin Luis Pinto de Figueiredo, natif de Chaves, qui fait office en mars 1921 de Président de la CPSG.

L’administratif. Pedro Antonio Vieira, Officier d’administration militaire, est présent à la direction des services de statistique et état civil (SEEC) au printemps 1919. (Interprète, traducteur, Officier d’informations pendant la guerre)

Il est passé en diverses communes du littoral, de Dunkerque à Etaples, par Rouen et la légation de Paris, à Saint-Omer le 25 mars 1919… En sa qualité d’officier de liaison entre ces SEEC et les autorités britanniques, la CPSG et d’autres autorités, il collecte des données pour l’élaboration de statistiques médicales, parmi les différentes missions qui lui sont confiées par sa direction.

Il est affecté à la CPSG à La Gorgue comme délégué des dits services, également selon l’ordre de service du 24 juillet, toujours Officier de liaison avec les services d’enregistrement des hôpitaux anglais et des tombes.

– Le Photographe. Arnaldo Garcez est affecté à la CPSG selon l’ordre du 24 juillet 1919. Il n’est pas trouvé de photos de sépultures prises le long du front portugais après-guerre mais au cimetière de Tourlaville, proche de Cherbourg où il se marie en fin d’année 1919, s’installe quelques années et retourne au Portugal.

– L’Aumônier. José Manuel de Sousa est affecté à La CPSG selon l’ordre du 24 juillet 1919. (Au printemps précédent, il s’occupait des sépultures de guerre à Calais)

En service dans les hôpitaux de base portugais et britanniques du littoral, il porte assistance religieuse auprès de militaires portugais. Son bulletin militaire est élogieux, courage et sérénité dans ses devoirs d’ecclésiastique, concernant les services de secours- évacuation fournis aux blessés à l’hôpital des Lobes-La Couture et pour la tentative d’enterrement des morts restés aux Lobes lors de la Bataille de la Lys du 9 avril 1918. Il est alors en service près du front des Flandres.

Soldats installés en France après-guerre dans le Nord de la France.

Rodrigues Carlos est présent pour la CPSG le 25 juillet 1919. Né à Lisboa il épouse, à la Gorgue en 1921, Blanche Maria Rousseaux. Il s’installe manœuvre à La Gorgue et est naturalisé français en 1929. Il est décédé à Lens. Une luso-descendance s’installe dans la région de Liévin.

Sebastião Antonio est présent pour la CPSG le 26 juillet 1919. Sculpteur né à Viana do Alentejo il épouse, à Lille en 1923, Agnès Verstraete de 8 ans son aînée. Il est présent dans la base des victimes civiles de la seconde guerre mondiale de Mémoire des Hommes, mort en septembre 1944.

Horta Manoel est présent pour la CPSG le 26 juillet 1919. Né à Zambujal il épouse, en 1922 à La Gorgue, Marie Augustine Catherine Velghe. Un fils né en 1920 et une fille née en 1922, 4 mois avant le mariage, sont légitimés. Le témoin est un soldat du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP), appartenant à l’effectif de la CPSG.

De Moraes Cerqueira Lima João est présent pour la CPSG le 31 juillet 1919 (1). Né à Viana do Castelo Il épouse, à La Gorgue en 1921, Marie-Thérèse Capon. Le mariage légitime la naissance d’un fils né 2 mois auparavant.  

Dos Santos José est présent pour la CPSG le 31 juillet 1919. Né à Sertã il épouse, à La Gorgue en 1920, Jeanne Dupont. Il devient le porte-drapeau de la section locale des anciens combattants. Un béguinage porte aujourd’hui son nom.

Simão José est présent pour la CPSG le 31 juillet 1919, comme chauffeur. Il est né à São Miguel de Acha. Après un passage à l’hôpital militaire de Lille le 25 février 1920, il épouse la même année à La Gorgue Marie Louise Deleplace. Il est dit résident dans la région consulaire de Lille en décembre 1923. Il devient Président de la section locale des anciens combattants portugais.

Guilherme Antonio est présent pour la CPSG le 29 août 1919. Né à Lagos da Beira il épouse, en 1922 à La Gorgue, Maria Fideline Vanbiervliet. Le témoin est un soldat du CEP.

Joaquim José né à Bordonhos épouse, en 1922 à La Gorgue, Madeleine Deleau. Le témoin est un sujet portugais. Il devient Vice-président de la section locale des anciens combattants.

Penão João né à Alpalhão, épouse en 1920 à La Gorgue, Juliette Antoinette Lecocq.

Da Silva Guilherme est présent comme chauffeur pour la CPSG le 22 août 1919. Né à Casal do Cascalho, il épouse Louise Vervisch à La Gorgue en 1920.

Dos Reis José est présent pour la CPSG le 29 août 1919. Né à Ramirão- Fornos de Algodres, il épouse à La Gorgue en 1920 Jeanne Logiez. Le mariage légitime la naissance d’un enfant né 26 jours auparavant.

Dos Santos João de Pelariga- Pombal est présent le 25 septembre 1919 dans la section sanitaire de la CPSG. Il est épouse en 1924 à La Gorgue Adèle Castel.

Lopes Manoel est natif de Benedita- Alcobaça. Soldat chauffeur dans l’armée, il est cordonnier lorsqu’il épouse en 1920 à La Gorgue Marguerite Honnart. Il demande la nationalité française en 1936.

Lucas José soldat chauffeur est présent pour la CPSG en 1919. Natif de Coimbra, il épouse à La Gorgue en 1921 Lucienne Millequant. Le témoin du mariage est le Président de la section locale des anciens combattants, cité plus haut.

Le cas de Botas José Francisco permet d’aborder une union libre luso-française. Soldat chauffeur natif de São Sebastião- Sétubal, il est présent pour la CPSG en août 1919. Domicilié à Lille en mai 1920, son travail lui donne l’occasion de rencontrer la femme avec laquelle il va passer le reste de sa vie en France, sans être marié. Une sépulture les réunit aujourd’hui au Cimetière communal de La Gorgue.

Notes

Cette liste de soldats portugais affectés à la Commission Portugaise des Sépultures de Guerre n’est pas exhaustive. Les ordres de service de l’été 1919 peuvent être intéressants à consulter, s’ils existent, aux Archives militaires de Lisboa.

Vu le nom de famille de certaines épouses, il est légitime de penser que certains mariages étaient luso-belges. De nombreuses femmes étaient veuves d’un soldat mort à la guerre 14-18.

Cet exposé dépasse la prise en charge des corps des soldats morts. Il aborde une construction : la vie, l’amour, au-delà de la mort. Ces histoires humaines de la Grande Guerre rappellent qu’elle bouleverse les destins pour le pire et parfois le meilleur.

Sources et lectures :

Etat civil français et Archives historiques militaires portugaises

CWGC : « Directorate of graves registration and enquiries, Technical instructions revised to » 1 février 1918. Crédit photo.

Antoine Prost : « Les cimetières militaires de la Grande guerre, 1914-1940 » (Cairn.info) (britanniques)

Béatrix Pau : « Le Ballet des morts » (Cairn.info) (cimetières français)

Silvia Correia (cimetières portugais)

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Publié dans Fonds d'Archives, Histoires du Nord 14-18, Mémoires Portugais France

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