Comines occupée Evacués 1GM

En 1920, Madame DELPLANCHE, institutrice à Sainte Marguerite, Comines (Nord), ville en zone occupée pendant la grande guerre, raconte le comportement des soldats allemands vis-à-vis de la population civile et scolaire. A la suite vous trouverez son récit transcrit (source BDIC) et une indexation nominative inédite de civils évacués à partir de 1916 vers Lille. (Voir dossier source : Evacuation Plaine de la Lys )

Le questionnaire posé en 1920 aux élèves et enseignants de l’académie de Lille (Nord), concernant l’occupation allemande et alliée, est consultable sur le site de la BDIC, les questions sont transcrites à ce lien : Questions à l’Académie, 1920

  • Commune de Comines (Ste Marguerite, hameau de Comines)

(On peut observer sur cette photo que le hameau a conservé son clocher, après guerre, ce qui n’est pas le cas de Comines située à 2 kms…, voir photo plus bas.)

Hameau de Sainte Marguerite, Comines, après guerre. (Au charron estaminet, source Delcampe)

Hameau de Sainte Marguerite, Comines, après guerre. (Au charron estaminet, source Delcampe)

Territoire occupé par les armées allemandes I. Généralités

  1. Les Allemands sont entrés à Ste Marguerite le 17 octobre 1914.
  2. La prise de possession s’est effectuée à la suite de quelques escarmouches entre Quesnoy-sur-Deûle et Ste Marguerite dans les hameaux du « Vieux-Soldat » et du « petit-Perne ». Ce dernier fut incendié en partie.
  3. Pendant les 15 premiers jours, les soldats ont pillé le village. Des habitants, ayant essayé de s’opposer au pillage de leur maison, ont été chassés de chez eux. Dans les fermes, les animaux domestiques et les oiseaux de basse-cour furent tués. Les soldats s’enivrèrent avec le vin volé, puis incendièrent quelques habitations. Le mobilier scolaire fut brûlé et les salles de classe transformées en écuries.
  4. les personnes qui adressaient des réclamations aux officiers recevaient cette réponse : « Votre gouvernement nous a déclaré la guerre, vous êtes responsables des actes de votre gouvernement ». Lorsque des vols étaient commis, les officiers disaient : « Il faut que nos soldats mangent, c’est la guerre. »
  5. Des lieutenants du 11è Régiment d’artillerie bavaroise ayant brisé les chaises, et détérioré les meubles de la maison où ils logeaient, la propriétaire se plaignit au capitaine qui lui répondit : «Mes lieutenants se sont amusés, votre gouvernement vous remboursera ». Dès que cette personne se fut retirée, il dit à son ordonnance : « Nous sommes ici chez une ennemie ».
  6. Des visites fréquentes étaient faites dans les maisons, surtout pendant la dernière année de l’occupation, afin de rechercher les provisions cachées par les habitants. Toute personne en possession de pommes de terre, de blé, de farine, était punie d’une forte amende et de prison, et les provisions étaient confisquées. Aucun produit agricole ne pouvait être transporté, toutes les récoltes étaient réquisitionnées. Les enfants de 13 à 15 ans étaient contraints de travailler dans les champs pendant l’été et au moment de la récolte.

Des rapports de l’autorité ennemie avec la population scolaire.

  1. Les salles de classe ont été occupées par les troupes allemandes pendant toute l’occupation. Les élèves se réunissaient dans la cuisine de l’institutrice, seule salle qui soit restée libre.
  2. Aucune prescription particulière n’a été édictée par les Allemands.
  3. Les commandants de place ne se sont jamais occupés de l’école.
  4. Les enfants d’âge scolaire n’ont pas été contraints aux travaux manuels.
  5. Les soldats cherchaient à attirer les enfants en leur offrant du chocolat et des bonbons. Les grands élèves feignaient ne pas comprendre et détournaient la tête.
  6. Le séjour des troupes allemandes n’a eu aucune influence sur le parler local. Quelques mots allemands employés pendant la guerre ont complètement disparu.

L’Institutrice, Me DELPLANCHE

Enfants devant les ruines du beffroi de Comines (source bibliothèque municipale de Lille)

Enfants devant les ruines du beffroi de Comines (source bibliothèque municipale de Lille)

Dans le dossier des Archives municipales de Lille (Evacuation des habitants de la ligne de feu,  Date : 1918 Cote : 4H/95, lien donné en introduction) Comines est à part, puisque occupée dès le départ par les soldats allemands et ceci pendant toute la durée de la guerre. Les autres communes du dossier (plaine de la Lys) sont sous occupation alliée, anglaise, portugaise, hindoue, excepté une courte période en automne 1914, et à partir du printemps 1918, où l’occupation est allemande.

Quelques habitants de Comines (évacuation des civils en mai 1917 imposée par les Anglais, cf « Comines 1914, Yves et Damien GHESQUIERE ») figurent dans ce dossier, ci-dessous noms des évacués de Comines vers Lille depuis août 1916, consignée dans un document de juin 1918 , (un transit certainement avant la Belgique). Voici la liste, avec âge profession et adresse:

BLANQUART Adèle 70 ans rentière rue Molettes
BLANQUART Amélie 39 ans sp rue Négrier
BLANQUART André 13 ans écolier « 
BLANQUART Henri 19 ans étudiant « 
BLANQUART Suzanne 16 ans sp « 
DELPORTE Désiré 73 ans couvreur rue Ste Catherine
DELPORTE Marie Louise 35 ans sp « 
DELPORTE Pauline 70 ans ménagère « 
DESREUMAUX Victoire 93 ans sp rue Négrier
DUTHOIT Marie 40 ans femme de chambre rue de Gand
GUESQUIERE Julia 28 ans journalière bd Bigo Danel
GOEMAN Sidonie 84 ans sp rue Négrier
GRUMEAUX Fernande 23 ans ménagère rue Violette
HAZEBROUCK Julienne 10 ans sp rue Esquermes
LEROY André 17 ans étudiant rue Jenner
LEROY Angèle 46 ans sp « 
LEROY Edouard 73 ans constructeur « 
LEROY Lucie 15 ans sp « 
LEROY Pauline 73 ans sp « 
LEVRAGUE Pauline 43 ans servante rue Mollettes
LEHAIRE Hermance 82 ans sp rue de Cambrai
ALEXANDRE Marie 60 ans religieuse « 
WASSELIN Antoine 3 ans sp bd Bigo Danel
WASSELIN Madeleine 13 ans sp « 
WASSELIN Lucienne 10 ans sp « 
WASSELIN Madeleine 41 ans sp « 
SIGNABOU Hélène 9 ans sp hospice St Antoine
SIGNABOU Henri 7 ans sp rue Esquermes
SIGNABOU Madeleine 5 ans sp « 
SIGNABOU Juliette 9 ans sp « 
PEPERSTRAETE Marthe 14 ans écolière rue Ste Catherine
PEPERSTRAETE Marguerite 39 ans « 
WASSELIN René 41 ans bd Bigo Danel

Comines, comme beaucoup de villes proches du front, en Nord-Pas-de-Calais, est complètement détruite:

Ruines de l'église de Comines (source bibliothèque municipale de Lille)

Ruines de l’église de Comines (source bibliothèque municipale de Lille)

Une lecture dans le bulletin des réfugiés du Nord (Source Gallica BnF) concerne la reconstruction. A Comines, c’est la désolation, extraits du document, propos de M. BRYGOO architecte, en décembre 1918 :
« on cherche les maisons qui pourraient éventuellement présenter quelques parties pouvant être conservées […] Tout est à refaire. En très grosses réparations. Et le total des maisons réparables ne dépasse pas 5 à 7 % ; tout le reste est à démolir complètement.

Les fortins et blockhaus de béton abondent dans les caves et les rez-de-chaussée, notamment au Crédit du Nord, rue de la République, rue de la Gare, au pont, etc […] ces agglomérations se trouvent immédiatement en bordure de la Lys, ce qui explique qu’en bombardant les points de passage, l’artillerie alliée ait dû forcément frapper le voisinage ; […] il est permis d’affirmer qu’à condition d’avoir des matériaux et du personnel, il serait possible de loger en huit ou douze semaines 500 personnes dans les maisons les moins atteintes. »

Mise à jour de l’article le 2 juin 2016.

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Publié dans Histoires du Nord 14-18

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