Estaires 1914 Evacués 1918

Estaires est la commune de naissance de mon arrière grand-mère maternelle Henriette DUBAR et la ville de mon enfance et adolescence, 14 ans de souvenirs! Ci-dessous, vous trouverez un extrait des violences de guerre auxquelles elle a été confrontée et une liste nominative inédite de civils évacués vers Lille et la Belgique.

Dès octobre 1914, la population est soumise à la violence de guerre, voir à ce lien quelques traumatismes : Prisonniers Otages civils octobre 1914.

Voir aussi : Civils morts pour la France Estaires Octobre 1914

Monument commémoratif Le Doulieu (59)

« Passant, arrête-toi! La terre que tu foules aux pieds est arrosé du sang de onze héros martyrs de la cruauté allemande. » Le 11 octobre 1914. (coll. personnelle)

 

Puis le front se stabilise pendant plus de 3 ans à quelques kilomètres de la ville. Les troupes alliés sont alors présentes dans la plaine de la Lys.

En avril 1918, suite à l’ offensive allemande (dite Bataille de la Lys), Estaires et ses communes voisines, le long de la Lys (La Gorgue, Merville, Laventie…) et plus au nord Bailleul, Steenwerck… se retrouvent le long de la ligne de feu. La commune sera complètement détruite, comme le montrent les photos ci-dessous.

estaires rue du curé

Estaires, Rue du curé. Ruines dans le fond, du pensionnat de filles Notre-Dame-de-Lourdes.

 

estaires pont d'estaires

Estaires, Rue de Lille, Pont d’Estaires

Le bulletin paroissial d’Estaires, « la Voix de l’exil » de juillet 1918, raconte le dernier jour du 9 avril 1918, un extrait:

« Dès 4 heures du matin, commence un bombardement qui ne ressemble en rien à ceux que nous avions connus jusque-là. C’est une grêle d’obus qui, sans un instant d’arrêt, tombent sur les divers quartiers de la ville. Des maisons sont écrasées et ceux qui étaient restés doivent fuir, à peine vêtus et sans rien emporter. Beaucoup de personnes se réfugient dans les caves dans l’espoir que le bombardement prendra fin bientôt… »

Un jugement déclaratif de décès, trouvé dans l’état civil de 1921, confirme ces éléments. « Louis BLANQUART d’Estaires, réfugié à Lillers en 1920, expose que ses tantes Félicie et Louise BLANQUART, 79 ans, ont disparu lors des bombardements du 9 avril 1918. Elles s’étaient réfugiées dans la cave de leur maison au Pont d’Estaires-La Gorgue, avec 20 autres personnes des familles WERQUIN et PERCHE du Nouveau Monde – La Gorgue ( recherches sur les recensements et l’état civil). Madame veuve WERQUIN, Léa WERQUIN, Madame Xavier WERQUIN, Madame Bernard WERQUIN et deux enfants, Madame BERNARD et cinq enfants, Madame PERCHE et sept enfants, ont réussi à se sauver, abandonnant les soeurs BLANQUART, à cause de leur grand âge…Elles disparaissent avec la destruction de leur maison. »

Jugement déclaratif de décès, après disparition Estaires 1GM

Jugement déclaratif de décès des sœurs BLANQUART, après leur disparition dans le bombardement de leur maison au Pont d’Estaires – La Gorgue, lors de la Bataille de la Lys d’avril 1918. Source AD59.

 

« Les habitants de la campagne, n’avaient pas soupçonné, dès le début, l’imminence du danger ; mais, peu à peu, l’ennemi étendit et allongea son tir, et le soir de cette triste journée du 9 avril, presque toutes les fermes durent être abandonnées. Et ce fut un lamentable spectacle de voir cette foule qui fuyait en désordre le long des routes et à travers les champs. Tous les rangs de la société étaient confondus : des vieillards et des petits enfants des mères veillant sur leur nombreuse famille pour empêcher que quelqu’un s’égare…Tout ce monde marchait en rangs serrés, tandis que les obus tombant à droite et à gauche semblaient suivre la colonne. Et l’on vit, à certains moments, les avions ennemis descendre à faible hauteur et, par un raffinement de cruauté, mitrailler cette foule sans défense…La guerre a-t-elle présenté ailleurs plus lugubre tableau ? Puis ce fut le groupement dans les gares de concentration … le voyage pendant de longues journées dans des wagons à bestiaux … le débarquement de nos malheureux concitoyens aux quatre coins de la France …Le Collège du Sacré-Coeur est installé à St-Paul (Orne), à 5 km de la gare de Flers où sont réfugiées un bon nombre de familles d’Estaires et de La Gorgue… »

Collège d'Estaires (59) réfugié en Normandie 1918

Institution du Sacré-Coeur d’Estaires (59) transférée à Saint-Paul dans l’Orne (Normandie) en 1918.

L’Abbé LORIDAN, directeur du collège du Sacré-Coeur d’Estaires, transféré, s’enquière, à plusieurs reprises dans le Bulletin des réfugiés en avril-mai 1918, des adresses de ses élèves qui n’ont pas suivi le transfert. En juin, il précise que le collège transféré recevra les enfants de la Région du Nord, sans fermeture estivale.

Collège d'Estaires (Nord) transféré dans l'Orne (Normandie) en 1918

Collège d’Estaires (Nord) transféré en Normandie, lors de la Bataille de la Lys d’avril 1918. Source Gallica BnF

 

Quelques habitants qui, mi-avril,  n’ont pas encore fui la zone de guerre, essentiellement des personnes âgées, sont d’abord évacués à Lille fin avril 1918 ( voir l’article source à ce lien: Evacués de la ligne de feu avril 1918 )  puis évacués en Belgique le 29 mai 1918.

Ci-dessous, liste des évacués d’Estaires arrivés le 22 avril 1918 à Lille (y figurent leur domicile et date de naissance) , voir plus bas la légende des couleurs, aussi ceux qui sont sur la liste de départ vers la Belgique le 29 mai. Entre temps, certains auront changé de logement d’accueil.

Légende des couleurs : – liste d’arrivée à Lille le 22 avril et liste de départ vers la Belgique le 29 mai – liste d’arrivée à Lille liste de départ vers la Belgique

DELANNOY Emma 80 ans rue du magasin
DELANNOY Jules 1887 rue du magasin
PERRET Pauline 60 ans place Simon Vollant
QUILLE Léon 1866 =
QUILLE Adolphine 1871 =
QUILLE Aline 1899 =
QUILLE Raymond 1902 =
LEROY Florine 1893 =
LEROY Emilienne 1914 =
LEROY Emile 1915 =
LESAGE Pauline 1840 =
DEHAY Marie 1873 place Gilson
POLLET Céline 1854 =
POLLET Blanche 1856 =
POLLET Hélène 1863 =
BODELET Clorie 1888 rue du Sec-Arembault
BODELET Henri 1873 =
BEAUSSART Charles 1914 =
BOORé Désiré 1869 rue St Jacques
BOORé Julie 1870 =
BERNARD Henri 1868 =
BéTREMIEUX Clovis 1849 =
PHILIPPE Auguste 1859 rue du Molinel
LEROUX Marie 1856 rue de Paris
VANDOME Julie 1899 rue du Molinel
VANDOME Marcelle 1918 =
HAUSPIE Alfred 1909 =
HAUSPIE Alfréda 1915 =
HAUSPIE Marcelle 1916 =

BROU Maria 1879 rue de Paris
BROU Marie-Antoinette 1907 =
BROU Michel 1913 =
OBIN Henri 1862 rue du Molinel
OBIN Céline 1871 =
OBIN Aimée 1906 =
OBIN Alix 1909 =
BAILLIEZ Adèle 1839 rue du Sec-Arembault (restée à Lille le 29 mai, hôpital Boileux)
SONEVILLE Joséphine 1840 rue St Sauveur
VERHAEGHE Dubrulle 1830 =
BENOUW Pierre 1838 rue Gauthier-de-Chatillon
BENOUW Félicie 1859 =
LUCIDARME Catherine 1849 rue St Nicolas
SINGER Edmond 1844 rue de la Barre (sœurs de charité)
SINGER Marie 1841 =
MARTIN Marie 1890
NORMAND Lucie 64 ans =
DELVALLéE Thérèse 48 ans  
BAILLIEZ Adèle 1839 rue du Sec-Arembault

? Eléonore 1888 rue du Vieux Moulin
HAMEAU Henri 1840 rue de Tournai
BRICHE Lucidarme 1836 rue de Fives
LECOEUCHE Juliette 1877 rue du fg de Roubaix
TISON Adèle 1840 =
DELMOTTE Fidèle 1851 =
QUILLE Henri 1835 rue de Fives
QUILLE Octavie 1859 =
COPIN François 1851 =
? Léon 1844 =
GUILBERT Henri 1846 =
LEGRAND Auguste 1844 rue du fg de Roubaix
LEGRAND Ismérie 1847 =
TEMPREMONT Léonce 1903 hôpital de la charité

Certains ne laisseront pas de trace administrative, d’autres seront conduits aux hôpitaux de Lille par l’autorité allemande.

En complément, sur la Liste des évacués arrivés le 22/04/1918 à Lille :

BLONDEAU Henri 1847 rue Gde-Chaussée de Le Doulieu

de Neuf-Berquin
LETERME Maria 1889 rue Blanche
COLINET Marie 1860 rue de Trévise
SENGEZ Euphrasie 1864 « 
DEVASSINE Emile 1870  »
DEVASSINE Octavie 1834  »
DUCROQUET Marie 1870 rue du Sec-Arembault
DUCROQUET Amélie 1899 « 
DELOUX Philomène 1846 rue St-Sauveur
HOUQUES Joséphine 1839  »
BOUSSUT Sophie 1842  »
THERY Fidéline 1836  »
VANDERBERGHE Jules 1852 rue Gde-Chaussée
BECUE Florent 1826  »
DEVOS Charles 1846 la Charité
DALAU Philomène 1836  »
SARRAZIN Henri 1835  »
THERY Fidéline 82 ans rue St-Sauveur

 

Sources:

Archives municipales de Lille – Site « Mémoire d’Estaires » – BnFGallica – Archives départementales du Nord.

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Publié dans Evacuation Occupation 1GM Plaine de la Lys

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