Violences faites aux civils 1914

Début octobre 1914, les habitants d’ Estaires et la Gorgue sont soumis à la violence des troupes allemandes, massacre et transport vers les camps de prisonniers. Ci-dessous, vous trouverez une transcription d’actes commis par l’ armée allemande envers la population civile et une évocation de la tragédie du Pont d’Estaires commise par les armées française et allemande. (Article associé : Atrocités allemandes )

  • Rapports et procès-verbaux d’enquête de la commission instituée en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens (décret du 23 septembre 1914). Tome 2, 1915-1916, Bibliothèque nationale de France. (Source Gallica BnF)

« L’ an mil neuf cent quinze, le dix-huit février, à Vaulnaveys-le-Haut (Isère), devant nous, …etc… DELEBECQUE (César), âgé de 54 ans, cultivateur, et DERAMAUX (Charles), âgé de 55 ans, cultivateur, tous deux à La Gorgue (Nord): Nous jurons de dire la vérité. Nous avons été pris par les Allemands, le premier le 11 octobre et le second le 12. Nous nous sommes retrouvés à Lille. Là, on nous a emmenés dans un wagon à bestiaux, avec d’autres prisonniers. Le voyage a duré quatre jours pendant lesquels on nous nourrissait en nous jetant de temps en temps un morceau de pain. Nous étions une vingtaine de La Gorgue et d’ Estaires. Nous avons été internés au camp de Güstrow (Mecklembourg). Là, nous avons été logés sous la tente, avec de la paille pour unique couchage. Cette paille n’était pour ainsi dire jamais renouvelée. A la fin de l’année, on nous a mis dans des baraquements et on nous a donné à chacun une paillasse et une couverture toute déchirée. Sous les tentes, nous avons été couverts de vermine. Les Allemands riaient et se moquaient de nous quand nous essayions de nous débarrasser des poux qui nous rongeaient. Voici comment on nous nourrissait: on nous donnait, vers six heures et demie du matin, une sorte de soupe composée de riz et d’eau; à midi, une autre soupe avec des fèves; le soir , du riz, comme le matin; jamais de viande. On nous remettait une boule de pain noir pour quatre jours, quelque fois pour cinq. Il y avait au camp près de dix mille prisonniers, des Russes, des Anglais, des Belges, des militaires français et des prisonniers civils; rien que des hommes. Beaucoup sont morts, notamment cinq de La Gorgue et d’ Estaires. Au retour, nous sommes passés par Rastadt où nous avons séjourné sept jours dans les casemates sombres et pleines de vermine. C’était une infection. Les punitions, à Güstrow, étaient sévères et on les infligeait pour des peccadilles. L’une d’elles consistait à être attaché à un poteau. En arrivant en Suisse, nous avons reçu un accueil que nous n’oublierons jamais. Après lecture, les témoins ont signé avec nous. »

Camp de Güstrow in Mecklemburg (1916)

Camp de Güstrow in Mecklemburg (1916) source BDIC

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« Le même jour, au même lieu, nous avons entendu DUPONT (Fidèle), âgé de 48 ans, journalier à Estaires (Nord), et LAPORTE (Louis), âgé de 56 ans, chauffeur à Estaires. Ils ont déclaré: Nous jurons de dire la vérité. Nous confirmons entièrement la déposition de MM. DELEBECQUE et DERAMEAUX, dont vous venez de nous donner lecture. J’ajoute, dit M. LAPORTE, que, pendant les quatre jours qui ont suivi mon arrestation, j’ai été laissé sans nourriture. je n’ai subsisté que d’un peu d’eau et de quelques dragées que j’ai pu acheter. M.DUPONT affirme qu’il a dû faire trente kilomètres pieds nus dans la boue. Après lecture, les témoins ont signé avec nous. »

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« Le 22 février, à La Bathie (Savoie), nous avons entendu DEPLANQUE (Louis), âgé de 26 ans, de Courcelles-le Comte (Pas-de-Calais); BONIFACE (Henri), âgé de 17 ans, de Mouriez (Pas-de-Calais); MOUFLIN (Henri) , âgé de 18 ans, de La Gorgue (Nord); MOUFLIN (Fortuné),âgé de 16 ans, frère du précédent, qui après avoir prêté serment, nous ont fait des déclarations conformes à celles que nous avons recueillies antérieurement sur le régime du camp de Güstrow et ont ajouté avoir été témoins des faits suivants: un prisonnier civil, Louis FOURNIER, a reçu un coup de baïonnette parce qu’il avait allumé sa pipe étant au travail, ce qui l’avait empêché de participer au renversement d’un wagonnet rempli de sable. Un sous-officier allemand a, sans aucun motif, tiré deux coups de revolver sur un groupe de prisonniers et a atteint d’une balle BONIFACE (Jules), qui a été blessé à la hanche. Après lecture, ils ont signé avec nous, sauf BONIFACE (Henri) , qui a déclaré ne savoir signer. »

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  • Cette photo, non légendée en terme de lieu,  pourrait être une scène des violences commises aux civils pendant l’occupation allemande en Flandre-Artois. On devine un cimetière devant l’église, un premier carré militaire? un cimetière provisoire?
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Otages civils creusant leurs tombes 1915, source BDIC (OR F1 258)

En effet un instituteur (de Fleurbaix) raconte en 1920, dans « sa réponse au questionnaire portant sur le territoire occupé par les armées allemandes et alliées, BDIC », le massacre d’évacués du nord début octobre 1914, creusant leur propre fosse, récit ci-dessous:

fleurbaix

Le sort d’évacués de Lille, creusant leur fosse pour y être fusillés, source BDIC

Extrait: « De malheureux évacués qui cherchaient à fuir à travers champs étaient abattus à coup de fusil. Cinq d’entre eux, dont 3 de Lille furent appréhendés et conduits, les uns au lieu-dit : la Croix-de-Rome et les 2 autres à la ferme de M. FEUTRIE. Contraints de creuser eux-mêmes leur fosse, ils furent fusillés presque à bout portant. Un habitant, qui s’était réfugié dans sa cave, y fut découvert et tué à coups de révolver. »

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  • D’autres civils n’ont pu raconter leur emprisonnement…Ils ont servi de bouclier humain aux allemands lors du massacre du pont d’Estaires à La Gorgue, le 11 octobre 1914.

Le massacre est raconté en détails dans le bulletin paroissial de la commune d’Estaires, visible sur Gallica (Bibliothèque nationale de France) et aussi à ce lien Massacre du Pont d’Estaires (Plusieurs images de 2014 sur la page facebook). Les Allemands tentent de franchir le pont en s’abritant derrière leurs otages, issus au hasard d’une colonne de réfugiés venant d’Armentières – Roubaix – Lille…qui fuient vers Estaires, et de  civils estairois et gorguillons. C’est la tragédie, les civils tués par leurs soldats alliés.

Une remarque sur la place Louis BLANQUART d’Estaires, nommée ainsi en hommage à L. Blanquart, adjoint au maire qui fut tué ce dimanche 11 octobre 1914. Une plaque fut scellée rappelant ce massacre: « Passant… Arrête-toi! Souviens-toi! Qu’en ce lieu: le 11 octobre 1914 quarante otages ont servi de bouclier à l’envahisseur voulant pénétrer dans la ville d’ Estaires. Ils ont été les innocentes victimes de ce procédé lâche et barbare. Espérons que ce sacrifice ne sera pas vain et que plus jamais nous ne revivrons une telle tragédie« .

BLANQUART Jean Baptiste Louis MaM Estaires

BLANQUART Jean Baptiste Louis, civil Mort pour la France le 11 octobre 1914, source AD59

L’acte de décès de Louis BLANQUART est muet concernant les circonstances exactes de celui-ci, « est décédé au pont d’Estaires ». Seule une mention Mort pour la France pour ce civil laisse présager une tragédie, jugement du tribunal d’Hazebrouck le 27 avril 1916. Le bulletin paroissial de la commune d’Estaires en racontera davantage sur l’invasion allemande à partir de juin 1915, et le bulletin du 6 février 1916 la mort de M. BLANQUART frappé d’une balle.

le 11 octobre 1914 Estaires

le 11 octobre 1914, massacre du pont d’Estaires-La Gorgue qui touche l’adjoint au maire BLANQUART, source Gallica

Extrait : « Il fallait balayer de leur feu le pont et ses approches. Le tir devint plus précis, des cavaliers tombèrent et les civils tombèrent l’un après l’autre mortellement atteints. Le premier tomba non loin de M. BLANQUART, adjoint au maire d’Estaires, tué d’une balle au front. Un roubaisien, capturé la veille, M. P… (M. PICAVET, voir ce lien : Morts à Estaires octobre 1914 ) s’affaissa à son tour, une balle lui avait traversé le corps. Le blessé s’appuyait contre les jambes de M. L. BLANQUART, et se sentait mourir. « M. D… (DELHEYE ?), dit-il à un autre roubaisien debout près de lui, si je ne revois pas ma femme et mes enfants, vous leur direz au revoir pour moi. » Sa tête glissa sur les pieds de M. L. BLANQUART qui tendit les mains pour la retenir. A ce moment précis une balle frappait M. BLANQUART. »

Place L. BLANQUART où j’ai fait mes 6 mois d’école maternelle!

Place Louis BLANQUART

Place Louis BLANQUART, collection personnelle, après 1992, croix qui représente l’école.

Voir aussi l’article : Civils morts pour la France en octobre 1914

 

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Publié dans Histoires du Nord 14-18

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